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Géomorphose IV : une sculpture en noyer entre paysage et mémoire

Photo du rédacteur: ML Teisseire
ML Teisseire
2 oct.
2 min de lecture

Tout a commencé avec un noyer.

On m'a un jour apporté plusieurs morceaux de loupe et un tronc provenant de noyers cultivés à Vinay, en Isère. Ces arbres avaient servi de porte-greffes.


Le noyer dont ils étaient issus était vénérable, possiblement plus âgé que moi.

Je n'ai pas encore osé toucher aux loupes. Elles sont déjà tellement extraordinaires à l'état naturel que je cherche encore comment intervenir sur elles sans leur enlever ce qui fait précisément leur singularité.


J'ai commencé par le tronc.


Lire le paysage dans le bois


Je l'ai débité en fines sections, que j'ai ensuite polies.

En les regardant, j'ai découvert leurs motifs, leurs taches, leurs lignes et leurs irrégularités.

Ces marques semblaient être autant de traces des événements traversés par l'arbre au cours de sa vie.

Je me suis mise à y voir des paysages. Des cartes. Des territoires imaginaires.


Alors j'ai commencé à suivre ces traces, à les révéler, à les accompagner du regard et du geste. Je ne cherche pas à dessiner un paysage sur le bois, mais plutôt à faire apparaître celui qui y est déjà inscrit.


C'est ainsi qu'est née la série Géomorphose.


Géomorphose IV, sculpture en noyer présentée sous verre, dont les traces naturelles du bois évoquent un paysage abstrait.
Géomorphose IV, sculpture en noyer — un paysage abstrait révélé dans une tranche de bois.

J'ai toujours été fascinée par la capacité d'une chose minuscule à ouvrir sur un monde. Voir le monde dans un grain de sable : cette idée me touche particulièrement ici. Car ces fragments de tronc, si petits soient-ils, contiennent à leur manière un paysage, une histoire, une mémoire.


Chaque sculpture en noyer de cette série nous fait ainsi voyager dans l'imaginaire, mais aussi dans le vécu de l'arbre.


Une tomographie de l'arbre


La scientifique que je suis y retrouve aussi quelque chose du principe de la tomographie, comme dans un scanner : tranche après tranche, on explore un volume. Chaque coupe révèle une nouvelle image, différente des précédentes mais reliée à elles.

Chaque tranche de noyer raconte ainsi quelque chose de l'arbre, tout en révélant un paysage qui lui est propre.


Et cette idée de filiation me fascine particulièrement.


Les paysages d'un même arbre


Géomorphose I, II, III et IV sont issues du même tronc.

Elles portent donc une histoire commune, tout en révélant chacune une géographie différente. Les mêmes matières, les mêmes traces et la même histoire sont présentes en arrière-plan, mais chaque coupe ouvre un territoire singulier.


Géomorphose I, II, III et IV, toutes racontant un paysage et une mémoire
Série Géomorphose

Géomorphose IV vient aujourd'hui rejoindre cette famille.

Comme les précédentes, cette sculpture en noyer est montée sur une plaque de verre et encadrée. Le verre crée une légère distance entre la matière et le regard, comme si ce fragment de bois était à la fois un objet, un paysage et une archive.


Une histoire qui continue


L'histoire de ce noyer n'est pourtant pas terminée.

Alluvion, elle aussi, est issue de ce même tronc. D'autres pièces pourront encore naître de ce bois et prolonger cette étrange filiation.


Quant aux loupes, elles attendent toujours.

Je les regarde. Elles sont déjà là, avec leurs formes, leurs reliefs et leurs histoires. Je ne sais pas encore comment les sublimer sans les trahir.

Certaines matières demandent qu'on prenne le temps de les regarder avant de savoir quoi en faire.

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