Reconnaître sans déchiffrer : les signes de Palimpseste géologique
Dernière mise à jour : 13 oct.
Il y a des formes auxquelles je reviens sans me lasser. Les caractères, les écritures, les signes. Les tableaux de classification, les schémas où s'organisent des données innombrables. Les réseaux qui se ramifient, les formes qui s'emboîtent, se répètent, se transforment.
Je suis fascinée par ces organisations complexes. Par ce qu'elles donnent à voir, mais aussi par ce qu'elles laissent échapper. Un signe peut porter un sens précis, appartenir à une langue, à un système de connaissance. Il peut aussi retenir le regard pour sa seule forme, son rythme, sa manière de s'articuler aux autres.
Que reste-t-il d'un caractère lorsque nous ne savons pas le lire ? Que reconnaissons-nous dans une écriture dont nous ignorons tout ?
C'est une question qui m'accompagne dans Palimpseste géologique.
Dessiner, puis découvrir
Lorsque je dessine, je commence par les contours ou les contreformes. Je délimite des espaces, je trace des lignes, puis je regarde ce qu'elles font apparaître. Je remplis certaines formes, d'autres restent ouvertes. Peu à peu, je me laisse porter par ce qui se dessine.
Je ne sais pas toujours, au départ, où ces tracés vont me conduire. Une forme en appelle une autre, un espace laissé libre devient aussi important que la ligne qui l'entoure. Le dessin se construit dans cet échange entre ce que je trace et ce qui émerge.
C'est une manière d'avancer qui laisse une place à la découverte. Je ne cherche pas à composer un alphabet dont chaque signe aurait été défini à l'avance. Je cherche plutôt à faire apparaître des formes, à observer comment elles s'organisent et ce qu'elles produisent lorsqu'elles entrent en relation.
Certaines deviennent des signes, d'autres évoquent des fragments d'écriture, des tracés cartographiques ou des réseaux. Parfois, elles me surprennent par leur proximité avec des formes que l'on rencontre dans le vivant.
Classer, relier, organiser
Les pages anciennes sur lesquelles je travaille sont elles-mêmes des espaces organisés. Elles appartenaient à des ouvrages scientifiques consacrés à la géologie et à ses objets d'étude. Elles portent des textes, des schémas, des tableaux, des classifications : autant de tentatives pour observer, distinguer, nommer et ordonner le monde.
Ces systèmes m'attirent. Il y a dans leur précision, dans leur densité et dans la répétition de leurs signes quelque chose qui retient mon regard. Ils sont aussi le produit d'une manière de regarder et de comprendre le monde.
En intervenant sur ces documents, je ne cherche pas à effacer cette organisation pour lui substituer la mienne. Les deux coexistent. Mes tracés s'inscrivent dans les lignes imprimées, les recouvrent par endroits, les prolongent parfois dans une autre direction.
Dans l'un des exemplaires de la série, j'ai ainsi dessiné à l'intérieur des schémas de spores présents sur le document d'origine. Les formes scientifiques et les signes que je trace se rencontrent alors dans un même espace, sans se confondre.
Le document conserve la mémoire de ce qu'il cherchait à décrire. Le dessin ouvre d'autres possibilités de regard.
Une parenté de formes
Ce qui m'intéresse, dans ces rencontres, c'est aussi la proximité que je perçois entre certaines écritures et certaines organisations du vivant.
Des lignes se ramifient. Des formes se répètent avec des variations. Des éléments s'assemblent, délimitent des espaces, composent des réseaux.
On retrouve ces principes dans des univers très différents, des systèmes graphiques aux structures biologiques.
Je ne cherche pas à les ramener à une même explication. Mais ces rapprochements nourrissent ma fascination. Ils me font regarder autrement les signes que je dessine, et les formes que je découvre dans les documents scientifiques.
Devant certains de mes dessins, peut-être reconnaît-on une cellule, un réseau, une cartographie, un caractère inconnu.
Peut-être rien de tout cela. Les interprétations varient, et je tiens à ce qu'elles puissent rester ouvertes.









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