Sculpture en bois de pommier ou laisser la matière déplacer le geste
Lorsque j'ai commencé à travailler ce morceau de pommier, coupé en 1991, je ne savais pas encore quelle forme il allait prendre.

Je me suis d'abord laissée guider par les dessins du bois, ses lignes, ses cernes, ses différences de matière. Je cherchais moins à imposer une forme qu'à faire apparaître ce qui était déjà là.
Puis le bois a commencé à s'ouvrir.
Le retrait de l'écorce a libéré des tensions qui étaient restées contenues pendant des années. Les failles se sont élargies au fil du travail, parfois même après que je pensais la sculpture terminée.
Elles m'ont obligée à revenir sur ce que j'avais fait, à modifier certaines lignes, à ouvrir davantage, à déplacer mon geste.
Peu à peu, ces failles ont cessé d'être ce qu'il fallait éviter. Elles sont devenues une partie du dessin de la sculpture.
J'aime finalement quand la matière déjoue ce que j'avais prévu, l'inconfort premier laisse alors place à la surprise. Il ne s'agit plus alors de décider seule de la forme, mais de faire avec ce qui advient. La sculpture se construit dans cet échange : entre les traces laissées par l'arbre, les mouvements propres au bois et les gestes que je lui adresse.
Ce que je croyais avoir terminé m'oblige à recommencer autrement. Ce qui semblait être une rupture devient finalement une ouverture et c'est précisément ce qui a donné son nom à cette sculpture en bois de pommier: Emergence.



Commentaires