Faire dialoguer la grandeur d’un lieu avec l’intimité des œuvres
- ML Teisseire
- 1 juil. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 19 heures
Lorsqu’on m’a proposé d’imaginer la scénographie d'exposition de Vivre ! dans l’église Saint-Pierre de Marnans, j’ai immédiatement compris que l’enjeu dépasserait largement la simple mise en espace des œuvres.

La nef est un lieu majestueux, chargé d’histoire, de lumière et de silence. Mais elle reste aussi un lieu de culte, dont la vocation spirituelle devait être préservée.
Il fallait donc trouver une manière de faire cohabiter deux univers : un espace déjà profondément marqué par son histoire et des œuvres contemporaines très différentes les unes des autres.
La question était moins de savoir où placer les œuvres que de trouver comment les faire exister dans ce lieu sans qu’elles se confrontent à lui.
Une scénographie d’exposition comme dialogue avec le lieu
L'exposition réunissait cinq artistes aux pratiques différentes : peinture, sculpture, photographie et dessin. Une artiste disparue était également présente à travers ses œuvres.
Il fallait donner à chacune une place identifiable, tout en construisant une exposition qui puisse être appréhendée comme un ensemble.
Dans un espace aussi vaste, le risque aurait été de disperser les œuvres ou, à l'inverse, de chercher à remplir la nef.
J’ai donc choisi de travailler par îlots, en créant des espaces suffisamment distincts pour que chaque univers puisse être découvert, mais suffisamment ouverts pour que les regards circulent d’un ensemble à l’autre.
La scénographie devait rester au service des œuvres.
Elle devait également laisser respirer le lieu.
Trouver la juste distance
Cette exposition posait une question particulière : comment intervenir dans un espace sacré sans chercher à le transformer ?
Il ne s'agissait ni de sacraliser les œuvres, ni de profaner l'espace par une scénographie trop présente.
Il fallait plutôt chercher une forme de continuité.
Les supports, les volumes et les circulations devaient permettre aux œuvres de dialoguer avec l'architecture, sans entrer en concurrence avec elle.
La lumière naturelle, les perspectives de la nef, les murs de pierre, les ouvertures et les éléments architecturaux existants faisaient déjà partie de la composition.
Le lieu n'était pas un simple contenant : il était un élément de l'exposition.
Écouter, observer, composer
Pour concevoir cette scénographie d'exposition, j'ai beaucoup travaillé à partir de l'écoute et de l'observation.
Écouter ce que le lieu semblait demander.
Regarder comment les œuvres pouvaient y prendre place.
Comprendre les attentes des organisateurs.
Il fallait aussi penser à celles et ceux qui allaient découvrir l'exposition : permettre une circulation naturelle, ménager des respirations, créer des points d'arrêt et donner envie de s'approcher.
Enfin, une place particulière devait être accordée à l'artiste disparue, afin que sa présence trouve naturellement sa place au sein de l'exposition.
Une autre manière de créer
Cette expérience m'a intéressée parce qu'elle déplaçait ma position habituelle.
En tant que sculptrice, je pense d'ordinaire à la relation entre une œuvre, sa matière et l'espace qui l'accueille.
Ici, il fallait penser l'espace dans son ensemble, tout en restant attentive à la singularité de chaque œuvre.
La scénographie devient alors une forme de création différente : elle ne produit pas une œuvre supplémentaire, mais crée les conditions dans lesquelles les œuvres peuvent être regardées, rapprochées, découvertes et mises en relation.
C'est finalement une démarche assez proche de celle qui traverse mon travail artistique : observer, écouter, chercher les liens et trouver une forme juste plutôt qu'imposer une solution.
À Marnans, il s'agissait simplement de mettre cette démarche au service d'un ensemble plus vaste : faire dialoguer un lieu, des œuvres et les regards qui allaient les rencontrer.
L’exposition a ensuite été présentée dans la presse locale, avec notamment plusieurs articles consacrés au vernissage et à l’inauguration.
Autre recherche scénographique: Traversées intérieures



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