Traversées intérieures : créer une expérience artistique immersive
- ML Teisseire
- 4 avr. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 21 heures
Une exposition ne se résume pas toujours à la rencontre avec des œuvres.
Pour Traversées Intérieures, présentée à La Côte Saint-André avec le peintre Christophe Perdreau, j’ai souhaité construire davantage qu’un espace d’exposition : une expérience artistique immersive, pensée comme un cheminement.

L’idée était de faire entrer progressivement le visiteur dans un univers où les œuvres, les mots, les textes, les images et les sons se répondent.
L’arbre en était le fil conducteur.
Il apparaissait comme une présence récurrente, mais jamais tout à fait de la même manière : arbre réel, arbre évoqué par les textes, arbre porteur de mots, arbre photographié, arbre intérieur.
Entrer dans l’exposition comme on entre dans une forêt
Je voulais que le parcours ne soit pas immédiatement lisible dans son ensemble.
Comme dans une forêt, où le regard ne porte jamais très loin et où chaque détour révèle un nouvel espace, le dispositif se découvrait progressivement.
À l’extérieur du dispositif central, mes sculptures typographiques constituaient une première étape. À chacune était associée une série de mots commençant par la même lettre. Choisis pour leur consonance poétique, leur évocation d’un paysage ou les images qu’ils pouvaient faire naître, ces mots étaient disposés sur les murs comme autant de pistes.
La lettre devenait ainsi plus qu’une forme.
Elle devenait une invitation à imaginer.
Puis, en avançant, le visiteur rencontrait les autres éléments du parcours : photographies, calligraphies, textes et fragments de littérature.
Les mots deviennent matière
J’ai choisi de travailler largement avec le papier kraft.
De grands pans de papier accueillaient des textes perforés. Les mots n’étaient pas simplement imprimés : ils étaient découpés dans la matière
.
Cette technique permettait de créer un jeu entre ce qui est écrit et ce qui est visible au travers du texte.
La lumière traversait les découpes.
Les mots devenaient des ouvertures.
Parmi les textes choisis figurait notamment Les Arbres de Victor Hugo, dont les vers associent la forêt à la contemplation et à une forme de retour à soi.
Un extrait du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier introduisait quant à lui l’idée du chemin et du choix, avec cette scène où trois routes se présentent dans la nuit.
J’avais également choisi L’Automne de Lamartine, texte traversé par la lumière, la nature et la conscience du passage du temps.
Ces textes constituaient autant de portes d’entrée vers l’univers de l’exposition.
Une forêt à écouter
L’expérience ne reposait pas uniquement sur ce qui était visible.
J’ai également imaginé une bande sonore composée de sons de forêt, de pas dans les feuilles, mais aussi de sons plus inattendus : celui d’une machine à écrire, ou encore celui d’un plancher qui craque.
Ces bruits accompagnaient discrètement le visiteur.
Ils contribuaient à créer une sensation de déplacement et de présence, comme si l’exposition pouvait faire surgir des souvenirs sensoriels.
Le bruit des feuilles sous les pas évoque immédiatement une promenade.
Une machine à écrire fait surgir l’idée du récit.
Un plancher qui craque suggère une maison, un lieu habité, une mémoire.
Le son devenait ainsi une autre manière de raconter.
Le cœur de l’arbre

Au centre de l'exposition se trouvait un espace plus intime : le Cube Intérieur.
Il était volontairement impossible d’en percevoir l’ensemble depuis l’extérieur.
Il fallait entrer, avancer, regarder autour de soi pour découvrir progressivement ce qui s’y trouvait.
Cette découverte par étapes était essentielle à mon intention.
Je voulais que le visiteur quitte peu à peu l’espace collectif de l’exposition pour entrer dans un lieu plus intérieur, presque comme on pénètre au cœur d’un arbre.
À l’intérieur, plusieurs de mes œuvres évoquaient cette idée de traversée intérieure et d’introspection.
Des tableaux réalisés à partir de papier découpé jouaient sur les pleins et les vides. Des photographies d’arbres associées à la calligraphie prolongeaient le dialogue entre image, matière et écriture.
L’espace devenait ainsi un endroit où le regard pouvait se poser davantage.
Après le mouvement du parcours, venait un temps de ralentissement.
Une frise de voix autour de l’arbre
Autour du cube central, j’avais également rassemblé une série de citations consacrées à l’arbre.
Certaines parlaient de ses racines, d’autres de sa croissance, du silence, de la fragilité ou de notre relation à la nature.
Victor Hugo, Christian Bobin, Antoine de Saint-Exupéry, Henry David Thoreau, Pablo Neruda, Wangari Maathai et d’autres auteurs y faisaient entendre des voix différentes autour d’un même motif.
Cette frise ajoutait une autre strate au parcours : après les œuvres et les textes, elle proposait une multiplicité de regards sur l’arbre.
L’arbre devenait alors tour à tour métaphore de l’existence, de l’enracinement, de la mémoire, de la fragilité ou encore de la croissance.
De l’œuvre au visiteur
Je souhaitais surtout que le visiteur ne reste pas extérieur à cette expérience.
Le parcours était conçu pour solliciter progressivement son regard, son écoute et son imagination.
Il pouvait reconnaître une forme, lire un fragment, entendre un bruit, découvrir une photographie, entrer dans le Cube Intérieur, puis finalement laisser lui-même une trace.
Car dans cet espace, un arbre accueillait les mots déposés par les visiteurs.
Chacun pouvait y accrocher un mot, une pensée, une émotion.
Au total, 88 mots ont été recueillis pendant l’exposition. Ils sont ensuite devenus la matière d’un conte collectif écrit à partir de ces fragments.
L’expérience ne s’arrêtait donc pas au moment où le visiteur quittait l’exposition.
Une partie de ce qu’il avait apporté pouvait continuer à vivre.
Une expérience artistique immersive à vivre
Avec Traversées Intérieures, j’ai voulu proposer bien davantage qu’un espace où regarder des œuvres.
Le parcours invitait à différentes traversées : traversée du regard, de l’écoute, de la lecture, de l’imaginaire et de la mémoire. Les textes appelaient la lecture et la réflexion, les images sollicitaient le regard, les sons faisaient naître des sensations et des souvenirs, tandis que l’arbre et les œuvres invitaient à un cheminement plus intime.
Le visiteur n'était donc pas seulement invité à regarder les œuvres, mais à prendre part à une expérience qui mobilisait son regard, son écoute, ses souvenirs et son imaginaire.



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