De la serpentine au bronze : une nouvelle existence
Il y a des œuvres que l’on vend. Et d’autres que l’on garde toute une vie.

Il y a une vingtaine d’années, je sculptais en serpentine une interprétation de la Dame de Brassempouy, Primera.
Cette sculpture occupe une place particulière dans mon parcours. C’était une pièce intime, fondatrice, que j’ai finalement offerte à mon mari.
Depuis, on me l’a demandée plusieurs fois.
Elle n’a jamais été à vendre.
Alors, pour lui donner une nouvelle existence sans m’en séparer, j’ai choisi une autre voie : la transformation d’une sculpture en bronze.
De la serpentine au bronze
J’ai confié cette sculpture à la fonderie Adobati, à Saint-Marcel-lès-Valence, qui travaille selon la technique traditionnelle de la cire perdue.
Commence alors un processus très différent de celui de la sculpture.
Là-bas, le temps n’est pas le même : on modèle, on moule, on cire, on fond, on coule…
Chaque étape demande précision, patience et savoir-faire.
La sculpture originale en serpentine va ainsi servir de point de départ à une nouvelle œuvre en bronze. Il ne s’agit pas simplement de changer de matériau, mais d'engager une transformation qui va nécessairement modifier la manière dont la forme sera perçue.
Il faudra encore patienter quelques mois avant la fonte : la fonderie est très sollicitée.
Une nouvelle matière, une nouvelle histoire
Une fois le bronze coulé, viendra une étape que j’attends particulièrement : le choix de la patine.
Elle sera appliquée par le patineur, et je serai à ses côtés pour orienter le rendu, observer les réactions de la matière et chercher la vibration juste.
Je souhaite que la patine fasse dialoguer la matière, la lumière et l’histoire de cette pièce.
Car la transformation d’une sculpture en bronze ne s’arrête pas à la fonte. La surface, la lumière, les contrastes et la patine vont eux aussi contribuer à faire apparaître une nouvelle présence.
C’est cette part d’inconnu qui m’intéresse.
Je sais ce que j’ai sculpté il y a plus de vingt ans.
Je sais ce que je souhaite transmettre au bronze.
Mais je ne sais pas encore exactement ce que cette nouvelle matière va révéler.
Donner une nouvelle temporalité à l’œuvre
Transformer une sculpture ancienne en bronze, ce n’est donc pas simplement la reproduire.
C’est lui offrir une nouvelle temporalité, une autre densité, une autre mémoire.
La sculpture en serpentine continuera son histoire auprès de celui à qui je l’ai offerte.
Le bronze, lui, commencera une nouvelle vie.
Et peut-être qu’une fois réunis, ils raconteront quelque chose que je ne pouvais pas encore imaginer au moment où j’ai pris cette décision.


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