top of page

Dans la forêt de Semons, regarder les traces autrement

  • Photo du rédacteur: ML Teisseire
    ML Teisseire
  • 1 avr.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 21 heures

Avant de présenter mon travail autour des traces laissées par les scolytes, j'avais besoin d'aller voir.

Je connaissais déjà ces galeries découvertes sous l'écorce des arbres et leur pouvoir de fascination. Elles sont à l'origine d'une partie de mes recherches récentes, de mes sculptures, de mes photographies et de ma réflexion autour de ce que j'appelle parfois l'écriture du vivant.


Mais pour préparer l'exposition Fragments de temps à Gillonnay, j'avais envie de remonter à leur source : voir les arbres qui portent ces traces, comprendre ce qui se joue dans la forêt et nourrir mon regard autant que ce que j'allais montrer et raconter au public.


C'est ainsi que j'ai eu l'occasion d'explorer un îlot d'épicéas scolytés dans la forêt communale de Semons, accompagnée par Gabriel Tinnes de l'ONF, que je remercie chaleureusement pour ce temps de transmission sur le terrain.


Ce que raconte la forêt de Semons


Épicéas scolytés dans la forêt communale de Semons, leurs silhouettes dépouillées se détachant sur le ciel
Îlot d'épicéas scolytés dans la forêt communale de Semons, où une zone témoin permet encore d'observer les arbres atteints et les traces laissées par les insectes

Sur ce site, un choix a été fait : conserver une zone témoin, là où, ailleurs, les épicéas atteints ont été abattus et évacués.


Ici, les arbres racontent encore.

Debout, dépouillés de leurs aiguilles pour certains, ils donnent à voir autrement l'ampleur du phénomène. En observant les troncs, puis en découvrant ce qui se trouve sous l'écorce, j'ai pu regarder de près les galeries creusées par différents scolytes, notamment le scolyte typographe et le scolyte chalcographe.


Réseau dense de galeries du scolyte typographe formant des motifs irréguliers dans le bois.
Dans le bois, les galeries des insectes (ici le scolyte typographe) deviennent presque des motifs : une écriture inscrite par le vivant.
Détail de galeries du scolyte chalcographe visibles sous l'écorce d'un épicéa de la forêt de Semons.
Galeries laissées sous l'écorce par les scolytes chalcographes observées lors de la visite de la forêt d'épicéa de Semons.

Ces traces m'étaient familières par mon travail. Pourtant, les voir directement sur les arbres, dans leur environnement, change le regard que l'on porte sur elles.

Leur dessin est fascinant : des lignes qui se ramifient, se croisent, se répondent, comme une écriture dont nous ne posséderions pas la clé.


Mais ces galeries sont aussi les signes d'une histoire bien réelle. Elles témoignent de la vie des insectes, du dépérissement des arbres et de la fragilité d'une forêt dont les épicéas ont été implantés hors de leur aire naturelle et peuvent se trouver particulièrement vulnérables dans certaines conditions.


La beauté de ces traces ne fait donc pas disparaître ce qu'elles racontent.

Elle nous invite au contraire à regarder plus attentivement.


Réseau de galeries sinueuses creusées par des scolytes dans le bois, évoquant une écriture ou des signes graphiques.
Les galeries des scolytes dessinent sous l'écorce une écriture involontaire, faite de lignes, de ramifications et de traces.

De la trace observée à la recherche artistique

Cette visite a accompagné la préparation de mon exposition Fragments de temps, présentée quelques semaines plus tard à l'Espace GYLTISS.

Elle m'a apporté une matière qui n'était pas seulement visuelle : des observations, des questions et une compréhension différente de ces arbres. Elle m'a aussi permis de mieux réfléchir à ce que je souhaitais transmettre lorsque je présenterais ce travail.


Car une trace peut être regardée de plusieurs façons.

On peut y voir un dessin, une forme, une matière. On peut y chercher une histoire. On peut aussi se demander ce qu'elle dit du vivant et de notre manière d'habiter les paysages.

C'est ce déplacement du regard qui m'intéresse.


Les galeries des scolytes deviennent alors plus qu'un motif. Elles sont une écriture involontaire, produite par un insecte et inscrite dans la matière. Une mémoire laissée dans le bois, qui permet de remonter jusqu'à l'histoire de l'arbre.

Cette rencontre avec la forêt ouvre aujourd'hui une nouvelle étape de ma recherche.


J'ai envie de poursuivre ce travail en faisant dialoguer sculpture, photographie et calligraphie, pour explorer différentes manières de traduire ces traces et ce qu'elles évoquent.


Mais aussi de donner à cette recherche une dimension de médiation : partager ce que j'ai découvert sur le terrain, questionner notre regard sur ces paysages et rendre visible ce qui se joue derrière des traces que nous croisons peut-être sans les remarquer. Cette dimension de transmission a notamment pris forme lors de rencontres avec les enfants venus découvrir l'exposition.

Regarder autrement ces traces. Les lire. Et peut-être entendre ce qu'elles racontent.

Commentaires


bottom of page