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Scolytes et écritures : quand les traces du vivant rencontrent celles de l’homme

Photo du rédacteur: ML Teisseire
ML Teisseire
27 août
2 min de lecture

Tout commence par une ligne, tracée dans le bois. Puis le tracé se déploie, se ramifie, se transforme en réseau. D’une génération à l’autre, le chemin se poursuit et l’écorce se couvre peu à peu d’une écriture sans alphabet.


Cette trace n’est pas destinée à être conservée. Elle n’est pas le souvenir d’un passage : elle est elle-même le moyen de transmission du vivant.


J’ai choisi de mettre ces galeries en regard d’une autre écriture : celle que l’homme grave dans la pierre.

Sur des stèles de sites antiques en Turquie, des inscriptions grecques portent encore les mots de ceux qui les ont écrits. Des mots parfois usés par les siècles, mais qui continuent à témoigner de leur passage.


D’un côté, l’homme grave des signes dans la pierre pour transmettre une parole, une histoire, une mémoire.

De l’autre, l’insecte inscrit dans le bois le parcours nécessaire à la perpétuation de son espèce.


Deux écritures sans langage commun, mais deux traces qui témoignent d’un passage et participent, chacune à leur manière, à une forme de transmission.


Lorsque les écritures se superposent

C’est dans la superposition que ces deux écritures viennent se rencontrer pour donner naissance à une série: Strates d'écriture.


Montage photographique de galeries de scolytes superposées à des inscriptions grecques gravées dans des stèles antiques en Turquie.
Strates d’écritures — Galeries de scolytes et inscriptions antiques

Les galeries des scolytes traversent les inscriptions antiques. Les lignes du bois rencontrent les lettres gravées dans la pierre ; les écritures se mêlent jusqu’à devenir parfois difficiles à distinguer.

La galerie devient signe. La lettre devient ligne.

Le regard hésite entre ce qui se lit et ce qui se regarde. Entre le sens des mots et le dessin des traces.


La photographie fait ainsi coexister ce que les siècles séparent : la pierre et le bois, l’écriture de l’homme et celle du vivant.


Écrire son chemin, tracer sa voie


Une autre œuvre de la série accueille une petite calligraphie contemporaine à partir de textes de Philippe Jaccottet.

Œuvres de la série Strates d’écritures, associant galeries de scolytes et petite calligraphie contemporaine inspirée de textes de Philippe Jaccottet.
Strates d’écritures — Galeries de scolytes et calligraphie

Les mots prennent place dans le dessin de la galerie, en suivent les lignes et les détours, évoquant le fourmillement de l’insecte sous l’écorce.


La galerie devient alors cheminement, et l’écriture rejoint celui de la pensée.

Les mots avancent dans le tracé du bois, comme la pensée avance : elle suit une ligne, bifurque, revient, poursuit son chemin.


L’écriture du scolyte et celle de l’homme se rencontrent alors autrement. L’une trace le chemin de la reproduction ; l’autre accompagne le chemin de la pensée.


Ce qui se transmet

La pierre conserve les signes de l’homme.

Le bois porte, pour un temps, le parcours de l’insecte.

L’une transmet une mémoire. L’autre transmet la vie.


Dans Strates d’écritures, je cherche à faire dialoguer ces deux formes de traces, sans les confondre.

Car avant même de savoir ce qu’elles disent, il y a leur présence dans la matière : une ligne, un signe, un chemin laissé derrière soi.


Et peut-être est-ce là que les écritures se rejoignent : dans ce désir, conscient ou instinctif, de prolonger quelque chose au-delà du passage de celui qui l’a inscrit.

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